Matin ivre

9 août 2016

Un voluptueux parfum de café s’envole. Tu dors. Essence au sensuel plaisir, le café fume, je te caresse des yeux, me laisse transporter par ses délices. Tu parles un peu, tu es ailleurs. Sur les vitres la chaleur se condense, tout devient vaporeux. La traversée des nues est à la portée des sens: nos corps s’approchent, se confondent, leurs contours se soulèvent, s’éloignent en titubant tombent et se pénètrent dans un nid de graines charnelles aux pouvoirs envoûtants. Quel langoureux vertige! Ce café me rend ivre, me fait jouir en silence.

Doucement, tu t’animes. Dehors, les silhouettes se pressent. Tu sors du lit, viens à moi. Nous rêvions tous deux. L’amour se promenait ici et là, transporté sur les fleurs séchées, le sablier et la table basse en bois. Ma tasse se vide mais avant de rejoindre les passants, je savoure le goût d’aimer suspendu sur le bout de nos langues, sur ce matin ivre. Tu m’embrasses, je souris.

Un voluptueux parfum de café s’envole et nous emporte sur son nuage sans rives.

Marine Giangregorio.

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Quoique…

11 mai 2015

Les fleurs écloses,
Arbres fleuris.
La porte est close
– Et nous assis.
Le soleil brille,
Savoir occis.
Derrière la grille,
Je vois une bille.
Vient la discorde.
Pourquoi prier ?
Je vois une corde
Sans y penser.

 

Me, Myself and I.


Un vague souvenir

4 mars 2014

Je me rappelle encor les longues soirées d’hiver
Les bras le long du corps et le corps allongé
Au milieu des grands arbres, d’herbes élimées,
Du feuillage séché que met l’automne à terre…

Le cœur empli d’espoir et le soir lentement
Me laissaient entrevoir un long recueillement
Un esprit excessif noyé dans l’oraison.

Je me suis retiré, ai marché longuement
Et me suis endormi d’un lourd sommeil d’enfant
Peuplé d’aspirations et d’idéaux naïfs.

Quelques curieux m’avaient suivi dans ma retraite
En un lieu reculé où le temps ne s’arrête
Qu’à la pleine satiété des désirs primitifs.

L’un après l’autre ont ri de mes lubies futiles
A leurs yeux mornes, gris, que d’affaires inutiles
Ils s’en sont retournés dans leurs cocons oisifs.

Seul dans ma thébaïde, j’esquisse un blanc sourire
Et vers le ciel ouvert, j’avance une main timide
Mon passé délétère ? Un vague souvenir.

BleedingShroud.


1 mars 2014

Un appel déchirant qui vacille sous la lune,
Que d’encre bilieuse signe, à titre posthume
Le fantôme qui rôde, non loin des cimetières;
C’est l’homme au cœur de pierre, qui, d’une acerbe plume
Ses veines a mordillé; d’ombres et de lumières
Il s’est vêtu au fond de la fosse commune.

Les feuillets virevoltent; mais la brume l’entourant
L’envoûtait; se jeter dans un bûcher ardent
Doux parjure ! ô combien lyrique et séduisant
Vivre la larme à l’œil, et mourir en souriant;
Tel était son credo intérieur et pourtant
Il était le premier à souffrir du malheur
Des âmes endeuillées, poignardées droit au cœur.

Le sang était trop lourd en humeurs. Vint un jour
Où l’Absinthe égérie de ses plus beaux discours
Eut raison de son âme, ayant vaincu le deuil.

A leurs yeux embués, c’est un recueil trop court
Et dense en émotions, en gémissements sourds
Qui brusquement s’achève au pied de son cercueil.

BleedingShroud,
d’après le poème de Daphnée Douce-Colombe : https://versetbleu.wordpress.com/2014/03/01/428/


1 mars 2014

De longs cris déchirants sous le clair de la lune
L’oeuvre est donc publiée, mais à titre posthume.
Le fantôme qui rôde non loin des cimetières
C’est celui de cet homme, cet écrivain si fier.

Les feuillets qui virevoltent, la plume entre les dents
Cette courte nouvelle s’est écrit[e] dans le sang.
Ces histoires fantastiques, ces contes si joyeux
Ne pouvaient qu’être écrits par un être ténébreux.

L’alcool et la folie l’ont un jour emporté,
L’aidaient pour ses écrits, mais l’ont aussi tué.
Il rôde maintenant jusqu’au petit matin

A la recherche d’une page qui paraît ordinaire
Mais c’est celle qui l’importe car c’est la dernière,
Et il n’y avait pas ajouté le mot « fin ».

Daphnée Douce-Colombe.


La mer et la fille

3 février 2014

J’aime me mesurer aux forces naturelles.
Je vais sur la jetée, et là je me sens belle,
Forte, puissante. Là, je domine  la mer,
Je la défie des yeux. Par mon regard fier,
Je lui intime le respect, l’obéissance.
Campée insolemment, mains aux hanches, silence !
Cheveux volants au vent, je goûte ce bonheur.
La mer est déchaînée, mais je n’en ai pas peur.
Voilà mon royaume, contemplez mes sujets :
Un pauvre goéland, des mouettes, des galets.
Mais la mer est rebelle, et je le suis aussi.
Je crois que c’est pour ça qu’elle est mon ennemie.
La mer est insoumise et ne veut pas de moi,
Mais je la soumettrai : elle m’acceptera !
La tempête redouble et j’écarte les bras,
Je veux me sentir libre et puissante à la fois.
Je domine la mer, et ma fierté explose !
Je tiendrai jusqu’au bout, car il suffit que j’ose
Affronter cette pluie qui commence à tomber.
Ça sera facile, la partie est gagnée !
Mon ego se repaît de cette sensation
De puissance, d’orgueil et de domination.
Je reste encore un peu avec la pluie, le vent,
Les vagues, l’écume. Je savoure l’instant
De pur bonheur que je suis en train de passer.
Hélas il faut rentrer… Je détourne à regret
Mon regard de la mer, puis je baisse les bras
Et je rentre chez moi.

Emma Holmes.


6 décembre 2013

« Je fais souvent ce rêve étrange et pénétrant
D’une femme inconnue, et que j’aime, et qui m’aime… »
Paul Verlaine

Combien de fois l’ai-je imaginée, cette femme
Qui me serrerait dans mes bras, qui répondrait
A mes baisers, qui embaumerait ma triste âme,
Que j’appellerais « mon ange », qui me comprendrait !
Nous marcherions, main dans la main, sur une plage
Déserte, et nous regarderions l’horizon vide
Et infini, et nous admirerions l’image
Brûlante que jetterait ce tableau splendide,
Et nous nous glisserions des mots doux à l’oreille,
Et nous pleurerions ensemble, et je l’aimerais !
Mais elle n’existe pas. Jour et nuit je veille
Espérant la voir surgir, et je me tiens prêt
Jour et nuit. Quand rêvant dans mon lit, blanc linceul,
Je la crois près de moi, mes bras se ferment seuls.

Je suis voué à la solitude, noir destin,
Ce ver hantant de mon âme les intestins !

Scarbo.


Si j’ai tout gâché…

6 décembre 2013

« Je t’aime. » « Je t’aime. » Quand n’ai-je pas rêvé
D’entendre doucement ces trois mots murmurés ?
Quand n’ai-je pas rêvé de t’entendre les dire,
T’entendre l’avouer, à moi, dans un soupir ?
Je voudrais cette nuit que s’arrête le temps,
Que je vive et revive à jamais cet instant,
Cet instant merveilleux, sublime délicieux,
Où le destin m’offre peut-être d’être heureux.
Mais dans cette nuit où tous semble possible
Hélas s’élève en moi une crainte terrible.
Ô Nuit, cache à ses yeux la terreur qui me gagne,
Cache bien ma peur à celle qui m’accompagne !
Oui, j’ai peur, je tremble devant ce seul aveu
De ton amour, qui me pousse à… Ah mon Dieu !
Mes mots m’abandonnent… Tu m’aimes ? Qu’aimes-tu ?
Tu avoues m’aimer, mais moi, me connais-tu ?
Hélas, trois mots si doux que j’ai tant désirés !
Hélas phrase adorée que j’ai tant redoutée !
Je ne veux me leurrer, maintenant je regrette
De ne t’avoir montré qu’une face incomplète ;
Car oui, que connais-tu de moi si ce n’est rien ?
J’ai cru que c’était mieux, j’ai cru que c’était bien
De toujours me cacher, ne jamais me montrer
Pleinement, même à toi que j’ai pourtant aimée
Au premier regard. Mais toi, ma douce, ma belle
Qui veut bien de moi, sublime demoiselle,
Comment peux-tu m’aimer si tu ne connais pas
Tout ce que j’ai caché, que je n’assume pas ?
Oui, je me suis caché, camouflé le visage
Pour ainsi, toujours, donner de moi une image,
Une image attrayante, mais ce n’est pas moi :
Tu aimes une façade, et voilà donc pourquoi
J’ai peur de ton amour. Comment peux-tu m’aimer
Vraiment si tu ne me connais pas en entier ?
Hélas, destin moqueur, cruel comédien,
Réponds, dis-moi vite toi qui sais tout si bien,
Me fallait-il attendre qu’enfin je sois aimé
Et doive tout gâcher avant de regretter
De ne jamais avoir osé être moi-même ?
Ma belle, peux-tu dire encore que tu m’aimes
Maintenant que tu sais toute ma lâcheté ?
Tout au fond de mon cœur, j’ose encore espérer
Contre toute raison. Abrège mes tourments :
Tu n’as plus qu’à dire ce que ton cœur ressent,
Et tout sera fixé.

FM.


Défi à l’amour

6 décembre 2013

Je te connais, je sais qui tu es ou du moins
Je pense avoir de toi une idée pas très loin
De la réalité. Tu ne me connais pas,
Je n’en suis pas bien sûr, mais ne le pense pas :
Je ne vois pas comment tu aurais bien pu
Sans te faire attraper, me voir à mon insu ;
Car toi, tu n’aimes pas rester longtemps cachée,
Tu aimes te montrer, dans nos cœur, éclater !
Tu te moques de nous, tu nous promets des choses
Que tu ne donnes pas, content d’être la cause
De pleurs et de larmes, de maux et de douleurs,
Alors que tu offrais de trouver le bonheur.
Ô menteur patenté, premier des hypocrites ;
Tu te dis descendre de la belle Aphrodite,
Tu te dis être dieu, pour moi tu es démon,
Et ce qui vient de toi n’est que rarement bon.
Victime de tes coups, j’ai perdu un ami :
Tu l’as tant dévasté qu’il ne veut plus sa vie.
Avant il écrivait, poète qu’il était,
Maintenant je le vois partout se lamenter.
Tu lui as montré une belle demoiselle,
A présent il ne peut plus se détourner d’elle.
Tu as de mes amis détruit le plus aimable,
Jadis grandiose, maintenant misérable.
Comme lui, en grand nombre, ils ploient sous le joug
Que tu leur as posé, attaché sur le cou.
Mais il y en a toujours qui n’ont pas succombé,
Il y en a toujours voulant te résister.
Je suis dans ce cas-là. Quoi ? Vas-tu le nier ?
Et vas-tu affirmer m’avoir agenouillé ?
Tu mentirais bien mal. Moi, j’attends l’adversaire,
J’attends celle-là qui cherchera à me plaire ;
Car moi, je te défie ; alors, quand viendras-tu ?
On te dit invincible et tu es invaincu,
Mais je ne te crains pas : viens Amour, je t’attends.

FM.


De la psychologie féminine

4 décembre 2013

Des cours de psychologie féminine, ah bon ?
Mais enfin, pour quoi faire ? As-tu pour objectif
De comprendre un peu mieux ? Si c’est le cas, allons,
Voilà mon précepte, mais sois bien attentif.

Tout d’abord une fille aime à être admirée,
Veut non pas séduire mais être appréciée.
Des gentillesses, des compliments bien tournés
Lui font toujours plaisir, et ont un grand effet.

Puis, être à son écoute est assez  important
Pour ne pas négliger d’être son confident.
Donne-lui des conseils, sois assez tolérant :
Se confier pour une fille est toujours rassurant.

Pour finir je dirais que nous sommes lucides
Rien ne nous échappe, nous comprenons beaucoup,
Et nous imaginons. La plupart sont timides
Et seront attendries d’un premier pas de vous.

Emma Holmes.